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Alberto Giacometti - "l'art n'est pas la mesure de la réalité mais sa décantation"

12 Octobre 2015 , Rédigé par Nitischer Zamre Publié dans #Art HistoriK

Alberto Giacometti - "l'art n'est pas la mesure de la réalité mais sa décantation"
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Une statue dans une chambre, et la chambre devient un temple.
Jean Genet à propos de Giacometti

Alberto Giacometti - "l'art n'est pas la mesure de la réalité mais sa décantation"

Figurant parmi les plus beaux textes à propos de l'oeuvre du maître, les entretiens de Jean Genet avec Alberto Giacometti font suite aux longues séances de pose de l'écrivain jusqu'à ce que l'artiste ait réussit à cerner sa "figure" ("à en faire la tête")

L'acuité et la sensibilité de Jean Genet mettent en mots à la fois le processus d'élaboration et explicitent la force qui se dégage de l'oeuvre peint ou sculpté par Giacometti.

Elles évoquent sa difficulté à représenter, au-delà de la "mimesis" classique, l'intimité du modèle, son rayonnement, son inscription dans l'espace, faite de visible et d'invisible, sa vibration.

Ainsi l'oeuvre d'Alberto Giacometti nous paraît comme un long palimpseste, fouillant la figure pour en extraire l'essence, cherchant sa place dans l'espace de la toile.

La forme : de traits hachurés explorant, fouillant le sujet tout en en abolissant les contours ; les sculptures - qui doivent à Lipchitz en tant qu'éveilleur pour Giacometti dans sa pratique d'une écriture en creux de la sculpture - évacuent le lissage classique comme pour ôter l'enveloppe vénale du sujet et retrouver sa vérité intime.

La couleur, celle de la matière brute : la terre glaise, le plâtre, le bronze, parfois la polychromie ; mais jamais la couleur ne recouvre le modèle, le plus souvent elle l'habite comme elle soutiendrait les traits hachés ou triturés qui la composent en faisant jouer la lumière dessus.

La lumière est parfois saturée qui éloigne le modèle et le fait briller comme une icône, ou bien elle est opaque et sourde qui le fait paraître aux limites de la visibilité, confondu à la surface de la toile. Selon Jean Genet "son oeuvre est à la fois inténébrée et éblouie".

Dans ses peintures, le cadrage de la figure fait lui aussi l'objet de propositions audacieuses. Le plus souvent la figure est centrée, elle trône baignée d'une lumière dont l'origine est un mystère ; la figure en retrait de la toile oblige le regardeur à entrer dans le tableau pour percevoir ce qui s'y joue. Parfois cependant, Alberto Giacometti place le modèle minuscule dans l'angle inférieur gauche de la toile et c'est le vide d'un fond à peine esquissé qui tire le regard vers la figure, si petite soit elle ; la valeur du vide permet de concentrer l'attention sur le détail et crée une tension comparable à un danger de mort pour la figure. Selon Giacometti, grand admirateur de Jacques Callot, ce dernier "tire ses personnages du blanc vide et impassible, mais les laisse en ombres chinoises déchirées" ; "le seul élément permanent et positif chez Callot c'est le vide, le grand vide béant dans lequel ses personnages gesticulent, s'exterminent et s'abolissent."

Dans certaines de ses sculptures c'est le socle - démesuré - qui semble endosser le rôle du blanc de la toile. La figure est alors en lutte contre la gravité de ce socle énorme qui la retient et créé cette tension.

L'habitude conservée de ses années de formation, de copier les anciens, a permis à Giacometti d'explorer les ressorts de la représentation classique pour la confronter à sa propre recherche de représentation. "Copier pour mieux voir" selon Cécilia Braschi a été répétitif pendant toute la carrière de Giacometti, mais "même si la copie est un moyen d'étude, l'enjeu pour Giacometti va plus loin que l'exercice technique vers un défi de représenter la réalité telle qu'on la voit. La fidélité de la copie renvoie à l'impossibilité de la ressemblance de la copie définitive".

Enfin, l'oeuvre d'Alberto Giacometti est aussi et surtout la recherche de l'impossible représentation d'un humain aux mille visages, dont l'actualité renie en permanence le trait précédemment fixé sur la toile, comme une vérité mouvante et insaisissable.

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Alberto Giacometti - "l'art n'est pas la mesure de la réalité mais sa décantation"
Alberto Giacometti - "l'art n'est pas la mesure de la réalité mais sa décantation"
Alberto Giacometti - "l'art n'est pas la mesure de la réalité mais sa décantation"
Alberto Giacometti - "l'art n'est pas la mesure de la réalité mais sa décantation"
Alberto Giacometti - "l'art n'est pas la mesure de la réalité mais sa décantation"

Selon l'historien d'art Itzak Goldberg, même si Giacometti ne s'exprime pas à propose de spiritualité dans ses tableaux, il semble pourtant que ses images sombres ou lumineuses sont reliées à la pensée mystique selon laquelle la lumière jaillit des ténèbres.

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