Modernité des oeuvres d'art anciennes
La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art dont l'autre moitié est l'éternel, l'immuable. Il y a eu une modernité pour chaque peintre ancien.
Charles Baudelaire
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La Vierge et l'enfant entourés d'anges, Jean Fouquet, vers 1552-1455, diptyque de Melun, bois, 94,5 x 85,5 cm
Je voudrais ici tout simplement vous montrer des oeuvres d'art anciennes qui n'ont pas pris une ride !
En effet, en croisant certaines peintures ou sculptures du passé, nous sommes parfois frappés par la modernité qui s'en dégage.
Cette modernité que Baudelaire décrit comme fugitive, transitoire, semble pourtant parfois défier le temps.
Souvent novatrices à l'époque de leur création, inventant des formes et des points de vue ou encore des sujets, révolutionnant la perception, les créations artistiques subissent l'épreuve du Temps, deviennent classiques, datées, perdent leur force d'évocation car les symboles qui y figurent vieillissent. Comme pour les mots, le vocabulaire des formes change, leur force évocatrice, en résonance avec l'actualité, s'émousse, car les modes d'expression, comme pour rester intelligibles, doivent coûte que coûte se défaire de leurs oripeaux et revêtir de nouvelles apparences à chaque nouvelle génération.
Cependant, telle vierge de Fouquet, telle tête cycladique, les mises en scène géométriques de Piero della Francesca ou d'Andrea Mantegna gardent comme une empreinte de leur audace sous la forme d'une modernité qui se suspend au temps comme pour y demeurer.
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Les portraits du Fayoum nous émeuvent comme s’ils avaient été peints le mois dernier. Pourquoi ? C’est cela leur énigme.
Plus étonnants, les portraits du Fayoum, visages d'égyptiens de la période romaine exécutés dans un but funéraire du Ier au IVème siècle de notre ère, sont peints avec un modelé qui anticipe la Renaissance, un réalisme qui les rapproche du XIXème siècle, une simplicité qui les relie à l'époque contemporaine, bref ils nous parlent avec sobriété d'une représentation de la figure humaine insensible aux modes formelles et aux conventions.
Anticipant Cézanne dès la Renaissance, Le Greco, avec son Laocoon a préfiguré cette représentation où les corps des personnages nus lèchent le cadre et s'y plient, où le ciel tourmenté et orageux se déchire en lambeaux.
Au XIXème siècle, Monet et Turner sont désormais reconnus comme les pères de l'abstraction. Avec des oeuvres empreintes d'une modernité qui, sensible au vertige procuré par les progrès des sciences et des techniques propose de nouvelles façons de représenter le réel.
Pour ces dernières oeuvres, avant-gardistes en leur temps, modernes aujourd'hui, elles évoquent la manière dont l'histoire de l'art se construit par évolutions ou révolutions, où chaque artiste, perturbant la tradition parfois insensiblement donne de nouvelles manières de représenter empreintes de la sensibilité de son époque.
C'est dans la part d'éternel des oeuvres d'art que doit puiser notre imaginaire afin de capter ce qui les inscrit plus largement dans l'Histoire humaine.
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