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carte blanche à 4 artistes - Julia Judet – Valérie Benz – Johann Ollivier – Pierre Sahler

18 Septembre 2015 , Rédigé par Nitischer Zamre Publié dans #Arts PlastiK

"L'art ne vient pas se coucher dans les lits qu'on a faits pour lui ; il se sauve aussitôt que l'on prononce son nom : ce qu'il aime, c'est l'incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s'appelle."
Jean Dubuffet

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VOUS AVEZ DIT ART BRUT ?.

Quatre artistes "singuliers" tant par leurs oeuvres que par leur parcours ont été sélectionnés par Céline Donnet, responsable de l'atelier-galerie "Les Térébinthes" à Morgat.

Comme des oeuvres arrivées par effraction dans ses locaux et sur le point d'y prendre racine...

Les montrer, peut-être les vendre - ah non pas toutes - bon, les présenter à un public amateur de peinture lisse et jolie, aïe ! Trouver une case, vite : art brut, une pièce : la petite au fond, bon : un coin chacun, il y en a quatre c'est bien !

Et qui pour en parler, les démystifier, les rendre acceptables, accessibles?

Me voilà !

Il faut comprendre vite, analyser, ne pas se tromper, quoi que, chacun est libre d'y voir ce qu'il veut et ressentir ce que bon lui semble. Mettre tout le monde d'accord : c'est de l'art brut, mais ce n'en est pas totalement non plus. Ah bon ? alors c'est quoi l'art brut?

"L'art ne vient pas se coucher dans les lits qu'on a faits pour lui ; il se sauve aussitôt que l'on prononce son nom : ce qu'il aime, c'est l'incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s'appelle."

Cette définition de l'art brut, formulée en 1949 par Jean Dubuffet, fait référence à la problématique posée par les formes d'art qui ne rentrent pas dans les cases de la classification traditionnelle de la création artistique.

Art primitif, art naïf, art enfantin, art singulier englobent toutes ces créations qui revêtent diverses formes pour exprimer – souvent avec des moyens de fortune – une réalité intérieure, douloureuse, riche, qui s'exonère de toute norme, de toute "école" et s'expose sans fard au regard du spectateur, se livre sans pudeur, au risque de déplaire, de choquer comme d'être méprisée ou raillée.

La reconnaissance du statut d'œuvre d'art élargie aux formes d'expression singulières a eu lieu progressivement au cours du siècle dernier. De l'art nègre à l'art naïf, aux œuvres réalisées par des malades psychiatriques (à l'aune des découvertes de la psychanalyse) et même de certaines formes de l'expressionnisme ont rejoint l'art brut, parce qu'elles répondaient à un certain mode opératoire.

Bien sûr les œuvres exposées ne s'apparentent pas exclusivement à l'art brut, mais "le même vent y souffle". Toutes possèdent un mode d'expression singulier et le parcours de ses auteurs est souvent autodidacte.

Première exception à la règle, car il en faut, l'artiste Johann Ollivier est diplômé des beaux-arts de Rennes.

Ses toiles de grand format livrent des têtes qui ont échappé à la pesanteur. Ses "ballons", comme il les nomme,flottent dans un espace incertain au centre de la toile. Si la touche est savante, la composition rigoureuse et les choix conscients, ces têtes font tantôt référence aux vanités du XVIIème siècle, ces mémento mori chers aux philosophes ; c'est le cas dans la composition noire et blanche aux orbites vides, suspendue entre la couche picturale du fond du tableau et la surface de celui-là. Cette matière triturée, ces traits hachurés, nerveux, cette opacité semble sans appel, sans issue. Dans une autre toile au contraire, une tête aux couleurs violentes semble se balancer ostensiblement. Ses yeux exorbités nous fixent dans un questionnement avide. Seuls le fou, le fanatique ou encore le désespéré ont un tel regard. Le fond sobre et lisse ne laissait pas anticiper ce qui arrive là, comme un cri soudain déchirant l'espace.

Le troisième tableau d'un format plus modeste fait surgir une sorte de masque défiguré au centre de la toile. Une abstraction de visage qui ne permet plus de distinguer l'organisation des traits. Cette face brouillée n'existe plus, comme passé au vitriol.

Le travail de Johann Ollivier joue à défaire la représentation figurative pour nous amener à une autre réalité, plus cérébrale, symbolique ou fantasmée.

Intéressons-nous maintenant au travail de Julia Judet.

Cette jeune artiste, en majeure partie autodidacte, confectionne des poupées "vaudou" et peint.

Elle a créé un univers graphique très personnel.

Semblant coincées entre l'univers rassurant de l'enfance et l'angoisse vis à vis de l'avenir, ses personnages à l'esthétique délicate cernés de noir, dans des teintes assourdies évoluent dans un espace clos. Pour autant un humour féroce sourd dans ses sculptures comme dans ses peintures, sue par les bouches cousues ou dentues, se montre dans des positions incongrues et des regards grands ouverts. Un monde étrange, burlesque et angoissant, qui comme à l'issue d'un cauchemar, au réveil, révèle toute l'inanité de nos frayeurs et nous faire sourire. Le monde attachant de Julia Judet mélange à la mélancolie un optimisme sous-jacent formant le voeu, comme un espoir secret, que tout finisse bien.

Tournons-nous vers les sculptures de Valérie Benz. Cette artiste a élu comme moyens d'expression l'écriture et plus récemment la sculpture. L'univers de Valérie Benz se situe à la frontière parfois ténue entre l'expression d'une émotion poétique et le témoignage de la souffrance psychique. Avec de la terre modelée plus que sculptée, triturée, dentelée, elle façonne des visages torturés, figures de l'indicible solitude dans laquelle errent les gens en souffrance ; mais c'est aussi cet hébétement et ces yeux écarquillés par la surprise de quelque naïve Bécassine moderne devant une main géante. Enfin, la trompeuse sérénité de l'Elfe masque avec pudeur cet univers entre deux eaux où navigue l'artiste.

Enfin Pierre Sahler… Cet homme a deux vies m'a-t-on dit !

Celle qui m'a été donnée à voir se dévoile en une production massive de portraits tracés puis colorés avec très peu de matière, comme s'il voulaient se faire tout petits mais ne résistaient par à leur propre force d'expression. Les couleurs vives et douces semblent constituer un univers paisible et bonhomme. Ce "serial-portraitureur" semble exceller dans l'exercice du trombinoscope addictif, comme s'il s'entourait d'amis à son image, protecteurs et bienveillants.

Se distinguant des oeuvres précédentes, les peintures de Pierre Sahler reflètent de la mélancolie certes mais teintée de poésie, de bonheur simple et de fantaisie.

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