Oeuvre d'Ann Veronica Janssens dans la chapelle Saint-Vincent à Grignan
A l'extérieur de la chapelle, les fenêtres colorées signalent discrètement sa présence.
L'œuvre prend vie lorsque, franchissant le seuil de l'édifice, on est saisi par la lumière surnaturelle qui baigne la nef.
Le regard intrigué, on cherche d'où s'origine cette clarté.
Repéré, un monolithe prend corps, il s'érige dans la baie. La garde d'air qui le tient à distance de la paroi de pierre en révèle l'épaisseur.
Sur sa tranche, la pièce de verre massif condense la matière colorée. De l'extérieur elle capture les photons, les passe au crible des minuscules bulles d'air baignées de pigment puis les libère dans l'air immobile.
Des lames colorées s'abattent des hautes fenêtres de la chapelle, se répandent en tâches sur le sol, ricochent sur les arcs doubleaux, s'impriment sur le mur, se répondent et se croisent, s'immiscent par interstices, s'évanouissent dans l'ombre puis réapparaissent soudain.
Une partie de cache-cache s'engage, présence et absence se manifestent tour à tour dans une imprévisible labilité.
Découpant l'espace de plein cintre, les parois de verre, rose à l'Orient, bleu au Septentrion, vert au Midi, sont dominées par l'oculus ambre à l'Occident qui, tel Phaéton, embrase l'air au couchant.
Le mouvement est lent, la lumière soumise aux caprices de l'atmosphère. Des volumes fluorescents se forment, sculptures éphémères qui deviennent pierre puis se dissolvent dans l'air. Les heures filent, l'œuvre se défile, matérialité insaisissable.
Œuvre graphique aux combinaisons multiples, expérience prolongeant et renouvelant la tradition des lieux sacrés où le divin se manifeste à l'homme, dont l'économie de moyens, minimaliste, en impose par sa force d'évocation.
Ann Veronica Janssens, artiste totale, nous immerge dans son œuvre ; nous sommes tour à tour devant et dedans, celle-ci nous captive puis nous échappe ; subtil émerveillement, intense ravissement.
Le dossier de presse de l'inauguration de l'oeuvre d'Anne veronica Janssens pour la chapelle Saint-Vincent à Grignan (26)
« Je m’intéresse à ce qui m’échappe, non pas pour l’arrêter dans son échappée mais bien au contraire pour expérimenter « l’insaisissable ». Il y a peu d’objets dans mon travail. Ce sont des gestes engagés, des pertes de contrôle, revendiqués et offerts comme des expériences actives. Ma démarche se constitue de cette perte de contrôle, de l’absence de matérialité autoritaire, et de la tentative d’échapper à la tyrannie des objets. » AV Janssens
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