Une nuit sur le mont Chauve - Miquel Barcelo/Michel Butor
De squelettes dansant en sarabandes animalières étrangement renversées, c'est un monde onirique et joyeux, sur le mode d'ombres en positif qui défile au cours des pages d'un beau livre publié aux éditions de la Différence fin 2012.
Faisant écho au poème symphonique écrit par Modeste Moussorgski en 1867, lui-même inspiré par une nouvelle de Gogol qui met en scène le sabbat des sorcières, Michel Butor, dialoguant avec Miquel Barcelo, a écrit une série de poèmes - haïkus mystérieux - qui illustrent le carnet de dessins à l'eau de Javel sur papier Canson noir de l'artiste espagnol.
Le choix de la technique invoque le monde souterrain ou sous-marin ; un monde clandestin vivant à l'insu du monde visible, comme sa face cachée.
Les figures de Miquel Barcelo sont ironiques, vanités dérisoires, diluées, dépourvues d'épaisseur.
Les motifs, les espaces perdent leur rôle, perdent la tête. C'est un monde bouleversé qui prend vie comme par une machiavélique soustraction de la surface noire du papier.
Un étrange bestiaire translucide comme issu du monde des abysses, une végétation surexposée, des brouillards évanescents nous invitent à passer de l'autre côté du miroir, à modifier notre perception des êtres et des choses à les suivre dans ce monde parallèle.
Les poèmes de Michel Butor pénètrent le mystère des figures, les révèlent, leur prêtent une histoire.
Ils prolongent et font naître d'autres images poétiques dans une merveilleuse association où visible et lisible se côtoient et s'unissent dans une harmonie singulière.
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